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angle-left Célébration de la vie de la Dre Margaret Becklake, une pionnière en épidémiologie clinique et en recherche évaluative

Nous sommes tous attristés par le décès de la Dre Margaret Becklake survenu le 17 octobre 2018. Reconnue mondialement pour son travail sur la médecine et l’épidémiologie respiratoire, elle fut une référence pour la communauté de l’Université McGill, la fondatrice de l’Unité d’épidémiologie respiratoire et de recherche clinique (RECRU) ainsi qu’une membre distinguée de l’Institut de recherche du Centre universitaire de McGill (IR-CUSM) pendant plusieurs années. La Dre Becklake fut une mentore extraordinaire pour tous ceux qu’elle croisait. Elle posait des questions remarquablement provocatrices, que ce soit en tant qu’experte du domaine ou tout simplement en raison de son sens inné de la curiosité. Toujours positive et encourageante, elle constitua un véritable exemple pour l’entière communauté de recherche. Nous souhaitons partager ces hommages à sa vie.
—Bruce Mazer, M.D. 
Directeur exécutif et scientifique en chef par intérim, IR-CUSM

Une géante et pionnière de l’Université McGill

Nous avons récemment perdu une géante de l’Université McGill et pionnière d’épidémiologie clinique et de recherche évaluative en santé, la Dre Margaret Becklake. Un bel article nécrologique sur son travail, ses contributions et son personnage fut publié dans le Globe and Mail (lire l’article). Elle était un modèle pour tous les cliniciens-chercheurs, scientifiques et cliniciens, et certainement pour les femmes assumant ces rôles. Veuillez prendre un moment pour lire sur sa vie et y réfléchir.
—Kaberi Dasgupta, M.D.
    Directrice, Centre de recherche évaluative en santé, IR-CUSM 

Inspirer les générations à venir

Elle a inspiré les générations à venir. C’est une grande perte pour la communauté de recherche, bien au-delà de l’Université McGill et du Québec.
—Jean Bourbeau, M.D.
Directeur, Centre de recherche innovatrice, IR-CUSM

Elle n’a jamais ignoré les signaux de détresse d’un étudiant

La Dre Margaret Becklake (je n’ai jamais été à l’aise de l’appeler Margot, malgré ses efforts) était une leader mondiale et une experte que j’ai eu l’incroyable chance de côtoyer étroitement comme collègue et mentore. Je la connais depuis qu’elle a supervisé ma maîtrise en épidémiologie à l’Université McGill, et nous avons continué de nous côtoyer jusqu’à ce que nous déménagions de l’ancien site de l’Institut thoracique de Montréal du CUSM au site Glen en 2015 et qu’elle se retire finalement, presque 30 ans plus tard.

La Dre Becklake a fondé le Laboratoire de recherche pulmonaire, une unité pour la recherche pulmonaire épidémiologique menée par des cliniciens. Il est par la suite devenu l’Unité d’épidémiologie respiratoire, maintenant le RECRU, dont les membres comprennent presque la moitié de la Division respiratoire, un véritable hommage à cette vision. Elle a également fondé le Programme estival de McGill en épidémiologie afin de permettre aux étudiants internationaux de venir à l’Université McGill, y compris certains qui ne pouvaient pas se permettre les frais de scolarité pour les études à temps plein. L’autre groupe cible était les cliniciens pratiquants, qui avaient la possibilité d’étudier l’épidémiologie même si la majorité ne pouvait se permettre qu’un mois ou deux à la fois. Comme si cela ne suffisait pas, elle a cofondé les cours d’épidémiologie respiratoire internationale avec Sonia Buist par l’entremise de l’union internationale. Ces cours sont toujours offerts chaque année.

En plus de ces réalisations impressionnantes, elle possède un historique de recherche extraordinaire dans le domaine des maladies pulmonaires à la suite de l’exposition industrielle à l’amiante, ainsi qu’à tout type de poussière. Cela comprend des études des effets combinés de ces expositions industrielles et de la fumée de cigarette, et de l’interaction de ces agents et du sexe dans la production de maladies pulmonaires. Ses publications furent publiées pendant 60 années remarquables, depuis 1951. Et lorsque j’ai joint l’Unité d’épidémiologie respiratoire, j’ai appris que la Dre Becklake avait obtenu du financement continu du Conseil de recherches médicales (aujourd’hui les IRSC) depuis un quart de siècle, un record que je crois n’a jamais été égalé par les membres de la recherche respiratoire à l’Université McGill.

Toutefois, pour être honnête, ces legs et légendes sont incomparables aux histoires de Maragaret Becklake, l’être humain. J’ai de nombreux souvenirs, mais je me contenterai de ces trois exemples qui ont montré une autre facette de sa personne.

Premièrement, sa responsabilité civique. Chaque printemps, elle convoquait tous les occupants à l’entrée de la Maison Lady Meredith. Elle distribuait alors des sacs de poubelles à tous ceux présents et nous la suivions à l’extérieur afin d’aller ramasser les déchets au sol après l’hiver afin que le terrain soit propre pour la venue du temps de pousse des jacinthes. Nul n’en était exempté, même Ollie Miettinen devait participer à cette tâche.

Deuxièmement, son énergie incroyable. J’ai participé à la Conférence de l’Union internationale à Paris une année. Je venais tout juste d’arriver à la conférence après un vol de nuit et un trajet d’autobus, de métro et de marche et je me sentais (je devais également avoir l’air) hagard. J’ai rencontré la Dre Becklake peu après mon arrivée, et elle a sympathisé avec mon état de manque de sommeil. Lorsque je lui ai fait remarquer qu’elle avait également l’air fatigué, elle a admis qu’elle l’était, en partie en raison du fait qu’elle était venue à Paris pendant la semaine avant de retourner à la maison. C’était son deuxième voyage à Paris en une seule semaine!

Troisièmement, sa bienveillance. Bien avant que la santé mondiale soit un terme populaire ou même un concept, la Dre Becklake estimait que l’Université McGill avait le devoir de former les étudiants internationaux. Elle s’est battue pour leur admission à l’université, leur a trouvé des bourses d’études ou du financement (même le sien), les a aidés à trouver un endroit où vivre, ou les a laissés habiter chez elle, et a simplement pris soin d’eux de leur première rencontre jusqu’à bien après la fin de leurs études et leur retour à la maison. Elle s’occupait également des étudiants « abandonnés », soit les étudiants qui avaient été abandonnés par leurs directeurs, dont les projets ne menaient nulle part, ou qui étaient à la dérive pour d’autres raisons. Elle n’a jamais ignoré le signal de détresse d’un étudiant, même si parfois elle demandait à d’autres, comme moi, d’aider également.

Quelle femme remarquable. Ce fut un privilège pour moi de la connaître. Elle me manquera.

—Dick Menzies, M.D.
Directeur adjoint, Centre international de TB McGill


Résolution sur le décès de la Dre Margaret Becklake McGregor (1922-2018)

C’est avec une grande tristesse que nous vous partageons la nouvelle du décès de la Dre Margaret Becklake McGregor, professeure émérite dans le Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill.

Une experte de renommée mondiale en médecine respiratoire et épidémiologie, la Dre Becklake est née à Londres, en Angleterre, et a grandi en Afrique du Sud, où son père a occupé le poste de directeur de la monnaie du pays. Elle a obtenu des diplômes de baccalauréat et de médecine de l’université du Witwatersrand à Johannesburg avant de faire ses études postdoctorales à Londres, où elle s’est spécialisée en physiologie respiratoire, jadis un domaine émergent.

La Dre Becklake est retournée à Johannesburg après sa formation postdoctorale, où elle a mené de la recherche innovatrice en étudiant les effets de l’inhalation de poussière chez les travailleurs dans les mines d’or. Cette recherche l’a menée vers sa plus importante contribution; elle est la première à avoir démontré que l’exposition à la poussière dans un contexte de travail peut développer ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). On pensait jadis que ce pouvait uniquement être lié à la cigarette. En plus d’offrir la possibilité aux mineurs d’être dédommagés, alors qu’ils avaient initialement été refusés, cette observation fut critique pour notre compréhension de la pathophysiologie de cette maladie commune.

En 1957, la Dre Becklake a déménagé à Montréal avec sa famille. Son arrivée au tout début du programme de physiologie pulmonaire clinique de l’Université McGill sera cruciale à l’établissement de la recherche pulmonaire à l’université. Au cours des quelque six décennies de contributions exceptionnelles à la recherche et à l’éducation, elle a continué d’approfondir notre connaissance en matière de lutte contre les maladies pulmonaires. Chercheuse de carrière au Conseil de recherche médicale du Canada de 1968 à 1993, la Dre Becklake représenta un modèle pour de nombreux jeunes chercheurs, surtout pour les femmes en médecine. Plusieurs de ses étudiants sont devenus leaders dans leurs domaines, tant à l’Université McGill qu’à l’international.

Membre honoraire de la International Union Against Tuberculosis and Lung Disease, la Dre Becklake possède plusieurs prix prestigieux témoignant de l’estime de ses pairs à son endroit. En 2001, elle a reçu le World Lung Health Award de la American Thoracic Society. En 2007, elle fut nommée à l’Ordre du Canada et en 2011, à l’Ordre national du Québec. La Fondation de l’Institut thoracique de Montréal a récemment annoncé le lancement de la bourse de recherche de la Dre Margaret Becklake, qui paiera chaque année le salaire d’au moins un stagiaire en santé respiratoire provenant de pays à revenus faible et intermédiaire et de communautés indigènes du Canada. Reconnue comme une experte importante dans le domaine des maladies pulmonaires engendrées par l’exposition à la poussière et aux minéraux, la Dre Becklake demeurera dans nos souvenirs pour la manière dont elle a brillamment équilibré les rôles de chercheuse, clinicienne, éducatrice et mentore. Elle laisse derrière elle un héritage répandant son influence dans le monde entier. 

Nous exprimons nos condoléances à son mari, ancien doyen de la médecine à l’Université, le Dr Maurice McGregor, à ses enfants James et Margaret et leurs conjoints, à ses petits-enfants, à son arrière-petite-fille et au reste de la famille, des amis, des collègues et à tous ceux qu’elle a touchés au cours de sa vie extraordinaire. Elle sera vivement regrettée.

—Sénat de l’Université McGill (novembre 2018)
 

Au lieu de fleurs, des dons peuvent être envoyés à la Fondation de l’Institut thoracique de Montréal, en mentionnant qu’ils sont en hommage à la bourse de recherche de la Dre Margaret Becklake. En savoir plus





—publié en novembre 2018