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angle-left Entrevue avec le Dr Barry Bedell

TÊTE-À-TÊTE avec le Dr Barry Bedell : une vision multimodale pour la PIPA

- Scientifique, Programme de recherche en désordres métaboliques et leurs complications (DeMeC), Institut de recherche du CUSM (IR-CUSM)

- Directeur, Plateforme d’imagerie du petit animal (PIPA), IR-CUSM

- Professeur agrégé, Département de neurologie et de neurochirurgie, Université McGilll



Le Dr Barry Bedell ne s’est jamais réellement éloigné de la recherche sur le cerveau tout au long de sa carrière. Il a joint sa passion personnelle à son travail, et ce de manière enviable. Le Dr Bedell utilise depuis la dernière décennie des modèles de souris avancés pour étudier les maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Il est également directeur de la Plateforme technologique d’imagerie du petit animal (PIPA) de l’IR-CUSM qui abrite des scanneurs de pointe pour l’imagerie non invasive de modèles animaux dans le but d’étudier une grande variété de maladies. Les scanneurs permettent une imagerie dans différents modes avec des buts et des capacités uniques. Ces scanneurs comprennent l’imagerie à résonance magnétique (IRM) et la tomographie par ordinateur, ainsi que d’autres connus sous les noms de tomographie par émission de positons (TEP) et de tomographie informatisée par émission de photons uniques (TEM). Le Dr Bedell croit que cette approche est essentielle pour la création d’images holistiques de modèles animaux de maladies et pour la mesure de l’efficacité des traitements pour ces maladies.

Vous découvrirez ci-dessous une entrevue avec un scientifique qui prend plaisir à constamment s’informer de ce qui se passe dans son domaine, ce qui n’est pas peu dire en neurosciences.

Votre recherche actuelle porte sur les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, que l’on croit causées en partie par des protéines ne se pliant pas dans la bonne forme. Comment l’imagerie animale non invasive vous aide-t-elle à étudier ces maladies provenant de protéines pliées anormalement?

Chez les adultes atteints de la maladie d’Alzheimer, une protéine nommée bêta-amyloïde, ainsi qu’une autre nommée tau, se plient anormalement dans le cerveau. Ces protéines pliées anormalement sont soupçonnées de causer la mort de neurones dans le cerveau. Au fil de la progression de la maladie, ces protéines anormalement pliées se répandent dans plusieurs régions du cerveau. Le scénario est le même pour la maladie de Parkinson, dans laquelle la protéine alpha-synucléine anormalement pliée est associée à la progression inexorable de la maladie vers davantage de problèmes de mouvement et de démence encore plus sévères. Les effets toxiques de la protéine tau anormalement repliée (nommée tauopathie) ou d’alpha-synucéline (synucléinopathie) peuvent être visualisés dans les modèles murins de ces maladies. À l’aide de l’imagerie multimodale, nous pouvons mieux comprendre ce processus de maladie. Nous pouvons également créer de nouveaux outils nommés biomarqueurs pouvant nous permettre d’évaluer le statut de la maladie et de voir comment elle répond au traitement.

Quel genre d’évaluations multimodales effectuez-vous sur les modèles murins?

En ce qui concerne les modèles de maladies d’Alzheimer et de Parkinson, nous nous concentrons sur un nombre d’éléments connus pour influencer l’apparition de la maladie chez les humains. Ces éléments comprennent ceux qui sont évidents, tels que la démarche et la structure du cerveau, mais également le métabolisme du glucose, la source d’énergie du cerveau. Curieusement, ces maladies influencent souvent la capacité des patients à dormir et sentir, et elles mènent vers un déclin cognitif. Avec l’imagerie multimodale, nous pouvons voir comment les parties du cerveau contribuant au sommeil, à l’odorat et à la cognition sont compromises dans ces modèles de maladie.

Quels sont les avantages liés à l’utilisation de l’imagerie non invasive du cerveau en recherche?

L’imagerie non invasive nous permet d’étudier le même animal à différents stades. Cette approche longitudinale réduit l’utilisation d’animaux en recherche. Elle améliore également notre compréhension de la manière dont la pathologie change au fil d’une vie. Par exemple, nous pouvons voir comment des parties du cerveau se dégénère et comment les niveaux de glucoses sont modifiés. L’avantage majeur d’une utilisation de modèles animaux est que nous sommes éventuellement capables d’établir une relation directe entre les données recueillies d’animaux vivants et les données recueillies d’organes et de cellules isolés. Cette corrélation est difficile ou souvent même impossible à accomplir chez les humains. Nous avons ainsi une meilleure compréhension de ce que les images obtenues reflètent au niveau des cellules et des molécules.

Maintenant qu’elle est opérationnelle, la PIPA de l’IR-CUSM est unique au monde en termes de gamme de modalités d’imagerie qu’elle propose. Qu’est-ce qui la rend si particulière?

La PIPA est une des rares installations détenant un éventail de modalités d’imagerie sophistiquées et d’outils d’évaluation fonctionnels si vaste, et elle attire des scientifiques de plusieurs disciplines, notamment de cardiologie, des maladies infectieuses, d’orthopédie, d’oncologie, de neurologie et des maladies respiratoires. Nous sommes l’endroit par excellence offrant tout ce qu’il y a de plus récent en IRM, en tomographie par ordinateur, en TEP, en TEM et en imagerie optique. Ce qui rend la PIPA unique est qu’elle complète ces études d’imagerie avec des instruments afin de mesurer des caractéristiques précises de la démarche de chacun des animaux pendant qu’ils marchent ou de la quantité et de la qualité de leur sommeil.

Votre intérêt pour la recherche sur le cerveau est né pendant vos études doctorales lorsque vous avez trouvé des moyens de quantifier les effets de la sclérose en plaques à l’aide d’IRM. Pourquoi avoir choisi le cerveau et comment vous a-t-il mené vers la supervision de l’imagerie non invasive à l’IR- CUSM?

Selon moi, le cerveau est un des organes les plus intéressants à étudier à l’aide d’imagerie, puisqu’on peut appliquer toutes les modalités disponibles, de la macrostructure à la microstructure du cerveau au flux sanguin cérébral en passant par la neurochimie. Après avoir terminé mon doctorat à l’University of Texas Health Science Center et au MD Anderson Cancer Center à Houston, je suis entré à l’école de médecine à l’Université McGill, où j’ai éventuellement pratiqué l’imagerie animale dans des IRM, car il n’y avait pas d’IRM pour animaux au Québec. À la suite de ma résidence en pathologie anatomique, j’ai fondé le premier laboratoire d’imagerie pour petit animal à l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal. Nous avons maintenant une plateforme de recherche unique et de renommée mondiale à l’IR-CUSM.

Qu’est-ce qui vous motive en dehors du domaine de la recherche?

J’aime comprendre ce qui est au-delà de la périphérie en demeurant au fait des dernières technologies sur le marché, surtout les percées rapides en informatique et les innovations à la pointe dans d’autres domaines.

Comment décririez-vous votre carrière jusqu’à présent?

Je fais exactement ce que je veux faire et ce que j’ai toujours aimé faire. Je ne crois pas que quiconque puisse en demander plus.

—Septembre 2017