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- Mettre un prix sur des vies sauvées : une étude de l’Institut révèle ce qu’il en coûte réellement pour diagnostiquer les infections sanguines mortelles en Afrique
null Mettre un prix sur des vies sauvées : une étude de l’Institut révèle ce qu’il en coûte réellement pour diagnostiquer les infections sanguines mortelles en Afrique
Source : l’Institut
Le 24 août 2026
Imaginez un hôpital de district en Afrique subsaharienne. Un enfant arrive avec une forte fièvre, une respiration rapide et l’allure d’un corps en état de crise. Le médecin soupçonne une septicémie — une infection sanguine qui, traitée avec le mauvais antibiotique, peut tuer en quelques heures. Mais aucun test de laboratoire ne permet d’identifier la bactérie en cause. Le médecin doit alors faire ce que les médecins dans cette situation sont presque toujours contraints de faire : deviner.
Cette scène se répète sans cesse dans la région. Les infections bactériennes sont responsables d’environ un décès sur cinq dans le monde. Pourtant, parmi 50 000 laboratoires médicaux recensés dans 14 pays d’Afrique, seulement environ 1 % peuvent effectuer des analyses de bactériologie de base. Sans ce test, les médecins prescrivent des antibiotiques à l’aveugle — ce qui met en danger les patientes et les patients dans l’immédiat et, à long terme, accélère la résistance aux antimicrobiens (RAM), l’une des principales menaces mondiales pour la santé selon l’Organisation mondiale de la Santé.

Une nouvelle étude publiée dans The Lancet Microbe, dirigée par la Dre Makeda Semret et ses collègues de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (l’Institut), s’attaque à un problème longuement discuté, mais rarement résolu : jusqu’ici, personne ne pouvait dire, en termes concrets, ce qu’il en coûterait pour le régler.
Mettre un prix sur des vies sauvées
Les plans d’action nationaux contre la RAM réclament depuis longtemps l’élargissement des tests bactériologiques dans les hôpitaux à ressources limitées. Ce qui manquait, c’était une façon de budgétiser cet effort.
L’idée de cette étude découle directement de l’expérience de terrain de l’équipe. « Nous menions une étude de cohorte sur les infections associées aux soins de santé et le fardeau de la RAM en Éthiopie, ce qui nécessitait de renforcer le laboratoire de bactériologie local », explique la Dre Semret. « Nous nous heurtions constamment au même obstacle : il n’existait aucun outil transparent et pratique pour calculer les volumes de réactifs dont nous aurions besoin, et encore moins le coût des différents articles nécessaires pour notre patientèle. La création de cet outil manquant pour notre propre projet est devenue le point de départ du modèle plus large. »
Pour élaborer ce guide, l’équipe a d’abord dû s’entendre sur l’essentiel : de quoi un laboratoire hospitalier a-t-il besoin pour cultiver de façon fiable les bactéries à partir d’un échantillon sanguin et déterminer quels antibiotiques seront efficaces contre elles? Cela a nécessité de réunir des experts d’Afrique, d’Amérique du Nord et d’Europe afin d’établir une liste consensuelle du matériel et des fournitures minimales nécessaires — jusqu’aux réactifs précis et aux disques d’antibiotiques individuels.
L’équipe a ensuite fait quelque chose de peu reluisant, mais véritablement inédit : elle a obtenu de vrais prix. À partir de soumissions réelles de fournisseurs canadiens et belges, elle a chiffré chaque article, puis modélisé les coûts totaux selon différents scénarios — d’une configuration minimale absolue à une configuration plus proche des normes internationales de soins — ajustés en fonction du volume de patientèle.
« Cette étude comble une lacune critique en matière de planification, avec des chiffres que les bailleurs de fonds et les administrateurs et administratrices hospitaliers peuvent utiliser directement », explique Dr Cedric Yansouni, scientifique au sein du programme Maladies infectieuses et immunité en santé mondiale de l’Institut et l’auteur principal de l’étude.
« Ce fut un travail de longue haleine, mais fait avec passion », affirme la Dre Semret, décrivant un processus qui a consisté à recueillir de multiples soumissions réelles pour des centaines d’articles dans au moins deux pays, puis à modéliser les coûts selon des habitudes d’utilisation réalistes, tout en tenant compte de la diversité épidémiologique d’un continent aussi vaste que l’Afrique.
Le résultat va bien au-delà d’un tableau enseveli dans le supplément d’une revue scientifique. L’équipe a aussi conçu un outil en ligne gratuit et adaptable qui permet à tout hôpital ou ministère de la Santé d’y entrer ses propres volumes de patientèle et ses prix locaux afin d’obtenir un budget réaliste, plutôt que de se fier aux hypothèses établies par d’autres.
En quoi cette étude se distingue
De nombreuses initiatives internationales menées au cours des quinze dernières années ont mis en lumière la faiblesse des systèmes de laboratoire en contexte de ressources limitées, sans toutefois préciser comment y remédier. « Ce qui est nouveau ici, c’est l’accent mis sur les soins individuels aux patientes et aux patients plutôt que sur la surveillance, souligne Yansouni, ainsi que le niveau de précision : une liste entièrement chiffrée, avec des prix réels de fournisseurs et une méthode transparente pour prévoir la quantité de chaque article dont un hôpital aura réellement besoin, selon son volume de patientèle. »
D’autres initiatives, comme le Fleming Fund britannique ou les outils d’évaluation des CDC américains, ont produit des listes de vérification décrivant ce que devrait comporter un laboratoire fonctionnel. Cette étude associe cette liste à un modèle de coûts adaptable — la différence entre savoir ce dont on a besoin et savoir ce qu’il faut pour l’obtenir.
Qui en bénéficiera
Le public le plus directement concerné est celui des ministères de la Santé nationaux et des grands bailleurs de fonds, comme le Fonds mondial, qui élaborent ou révisent des plans d’action contre la RAM, ainsi que les administrateurs et administratrices hospitaliers qui planifient un nouveau laboratoire ou la mise à niveau d’un laboratoire existant dans un hôpital de district ou de référence. Mais les véritables bénéficiaires sont les patientes et les patients présentant une septicémie suspectée qui, actuellement, sont souvent traités avec un antibiotique choisi à la devinette plutôt qu’avec un traitement fondé sur un résultat de laboratoire réel.
Un partenariat qui mûrit depuis plus d’une décennie
Cette étude illustre également ce qu’une collaboration internationale soutenue peut accomplir. Elle s’appuie sur des partenariats de longue date entre McGill et l’hôpital spécialisé Tikur Anbessa, à Addis-Abeba, en Éthiopie, ainsi qu’entre l’Institut de médecine tropicale d’Anvers et le Centre national hospitalier et universitaire Hubert Koutoukou Maga, à Cotonou, au Bénin. Le partenariat entre McGill et Addis-Abeba remonte à 2015, année où l’Institut et la Fondation du CUSM en ont financé la création — un investissement qui a depuis généré des travaux de recherche dont la portée dépasse largement les deux établissements. Le Dr Yansouni et le Dr Jonathon Campbell, coauteur de l’étude, sont tous deux titulaires de bourses de carrière du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS), qui a appuyé ces travaux.
Au fil du processus, l’équipe a mis au jour quelque chose qu’elle ne cherchait pas nécessairement à découvrir : un manque de transparence plus large dans la façon dont les coûts de laboratoire sont calculés partout, y compris dans les pays plus riches. Dans les contextes à ressources limitées, cette opacité est aggravée par les contraintes de la chaîne d’approvisionnement et le manque de concurrence entre les fournisseurs, ce qui fait grimper les coûts réels au-delà de ce qu’une simple liste de prix laisserait croire.
Les prochaines étapes
L’équipe considère ces données comme un point de départ, et non un aboutissement. La prochaine étape consiste à les utiliser pour mettre en place des mécanismes d’achat à grande échelle et à risque réduit, à l’échelle supranationale — un approvisionnement groupé qui pourrait réduire davantage les coûts et protéger les hôpitaux de la volatilité de la chaîne d’approvisionnement qui afflige le secteur. Ces mêmes chiffres offrent aussi un point de comparaison réaliste pour les technologies diagnostiques de nouvelle génération qui espèrent surpasser les méthodes conventionnelles.
Pour un enfant fiévreux et un médecin sans réponse, rien de tout cela n’arrive assez vite. Mais pour les ministères, les bailleurs de fonds et les responsables de la planification hospitalière qui disposent désormais d’un budget réel plutôt que d’une simple estimation, la voie vers un changement de cette réalité vient de s’éclaircir.
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Source : [The Lancet Microbe] https://www.thelancet.com/journals/lanmic/article/PIIS2666-5247(26)00099-6/fulltext