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angle-left Les médias et la tour d’ivoire

« Maintenant que la science est sous attaque, les scientifiques n’ont d’autre choix que de sortir de l’ombre et de lutter pour ce qui importe le plus » – Dr Madhukar Pai

8 janvier 2020

Par le Dr Madhukar Pai, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en épidémiologie translationnelle et santé globale à l’Université McGill et scientifique senior à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill

Source : McGill Reporter. L’année dernière, j’ai été emballé de recevoir le Prix de la principale pour le rayonnement du savoir dans les médias et auprès du public 2018 de l’Université McGill. Ce prix signifie beaucoup pour moi, et me rappelle que je suis chanceux d’être professeur dans une université qui encourage les universitaires à aller au-delà des frontières de l’éducation.

Suzanne Fortier, principale de l’Université McGill, avec les lauréats du Prix de la principale pour le rayonnement médiatique de 2018, José Mauricio Gaona (à gauche), candidat au doctorat, dans la catégorie « Étudiants aux cycles supérieurs, associés de recherche et boursiers postdoctoraux » et le Dr Madhukar Pai (à droite) dans la catégorie « Corps professoral ».
Suzanne Fortier, principale de l’Université McGill, avec les lauréats du Prix de la principale pour le rayonnement médiatique de 2018, José Mauricio Gaona (à gauche), candidat au doctorat, dans la catégorie « Étudiants aux cycles supérieurs, associés de recherche et boursiers postdoctoraux » et le Dr Madhukar Pai (à droite) dans la catégorie « Corps professoral ».

Et qu’en est-il des personnes, incluant les leaders élus, qui refusent de croire en la science entourant les changements climatiques? Greta Thunberg a dû supplier le Congrès américain de s’unir derrière la science. Et des millions de gens, particulièrement les jeunes, sont sortis dans les rues l’automne dernier afin d’obliger les décideurs politiques à se réveiller, à accepter la science, et à agir face au réchauffement climatique.

Les scientifiques défendant la science

La science a déjà été importante. Ce n’est plus le cas. Nous devons maintenant « marcher pour la science » et démontrer pourquoi les bonnes recherches sont importantes. Maintenant que la science est sous attaque, les scientifiques n’ont d’autre choix que de sortir de l’ombre et de lutter pour ce qui importe le plus. Cela comprend de publier dans les médias, d’accorder des entrevues, de marcher dans les rues, de parler lors de rencontres publiques, que ce soit pour donner un TED talk, pour s’exprimer lors d’une rencontre de voisinage, pour s’adresser au parlement ou pour prononcer un discours aux Nations unies.

L’année dernière, j’ai eu la merveilleuse opportunité de parler de la tuberculose aux Nations unies (j’étais le seul universitaire sur l’ordre du jour!), où j’ai débattu du besoin pressant d’approfondir la science en matière de tuberculose. Ce fut une expérience stressante, puisque je n’avais que quelques minutes, mais j’ai apprécié le défi et j’ai bien appris de cette expérience.

Le soutien public et politique pour la recherche ne peut être tenu pour acquis. Donc, une bonne raison d’entamer un dialogue avec le public et les médias et de montrer que les universitaires peuvent descendre de leur tour d’ivoire et s’engager à régler les problèmes du vrai monde. Il est également parfois important de rappeler aux donateurs et au public que les investissements en recherche valent réellement la peine.

Les plateformes ne manquent pas

Devons-nous attendre que les médias nous appellent, ou pouvons-nous être proactifs? Au fil des ans, j’ai appris que nous n’avons pas à attendre passivement que les médias parlent de notre recherche. Nous pouvons rédiger pour le public nous-mêmes. Il existe une multitude de plateformes. Nous pouvons partager notre recherche sur les médias sociaux, des blogues, des balados, des webinaires, des Ted talks, etc. Nous pouvons également rédiger des articles d’opinion pour des journaux et des blogues pour une variété de magazines électroniques et de médias.

Je partage ma recherche sur Twitter et j’utilise la plateforme pour échanger des informations. J’apprends énormément en suivant les experts en santé mondiale sur Twitter. Par exemple, grâce aux réponses sur Twitter, j’ai pu repérer et me monter une liste extraordinaire de livres sur la santé mondiale, une liste de suggestions pour éviter les fautes liées à la santé mondiale ainsi qu’une base de données sur les échecs liés à la santé mondiale. Tout ça n’aurait pu être accompli par une seule personne.

Bien que les médias sociaux soient géniaux pour les courts messages et les liens, les plus longs articles nécessitent un blogue, un magazine et un journal. J’ai publié des articles d’opinion dans le Huffington Post, Forbes, The Conversation, Scientific American, STAT News et Devex, entre autres. Ces articles ont parlé à des dizaines de milliers de personnes. Ils ont contribué à amplifier ma recherche, à sensibiliser les gens à des problèmes qui me tiennent à cœur, à toucher un public qui ne lit pas les revues, et à me bâtir un réseau substantiel d’abonnés sur les médias sociaux. Ce dernier mène souvent à son tour à des invitations à rédiger des articles ou à des demandes d’entrevues.

Raconter nos histoires

Les médias sociaux et populaires sont bien pour atteindre les publics non universitaires, et ils sont particulièrement importants si nous voulons influencer les politiques. Le nombre de personnes jointes par l’entremise de ces médias peut être impressionnant. De plus, il est peu probable que les politiciens, donateurs et décideurs politiques lisent les revues scientifiques. Toutefois, presque la totalité d'entre eux sont sur les médias sociaux et lisent les journaux et magazines.

Pour bien engager le public, nous devons utiliser une langue simple et sans jargon. Nous devons « raconter nos histoires » en moins de mots que nous le ferions dans des revues et livres. Rien de tout ça ne vient naturellement pour les universitaires. Et, encore plus important, nous devons nous préparer mentalement à l’abus électronique, au courriel haineux et aux trolls occasionnels. Effectivement, les scientifiques du climat et des vaccins se font harceler.

Pour les universitaires, les publications révisées par les pairs dans des revues savantes continuent d’être le portail principal de la transmission d’informations. Toutefois, les chercheurs établissent de plus en plus un contact par l’entremise des médias de masse, le grand public, ainsi que les décideurs politiques. Et si nous croyons en notre recherche, nous ne pouvons être effrayés de la défendre en public. Même si cela signifie de sortir de notre zone de confort.

En savoir plus

Prix de la principale pour le rayonnement médiatique

Un chercheur reconnu par l’Université McGill pour son engagement médiatique et public envers le combat contre une maladie mortelle