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angle-left Entrevue avec la Dre Isabel Fortier

TÊTE-À-TÊTE avec la Dre Isabel Fortier, une épidémiologiste qui donne une seconde vie aux données de recherche

- Scientifique du Programme en santé de l’enfant et en développement humain, membre du Centre de recherche évaluative en santé (CRES) et directrice du projet Maelstrom Research à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM)

- Professeure adjointe, Département de médecine, Faculté de médecine, Université McGill



Vous avez étudié en épidémiologie, pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce domaine?

Dre Isabel Fortier : Toute petite, j’étais très intriguée par le fonctionnement du corps humain. Plus tard, j’ai choisi d’étudier en biologie pour en apprendre plus et ensuite, j’ai fait un doctorat en épidémiologie. Je voulais comprendre pourquoi certaines personnes restent en santé, tandis que d’autres deviennent malades. Mais je voulais surtout comprendre comment éviter que des menaces de santé comme le cancer ou les problèmes de santé mentale se développent.

Vous avez plutôt travaillé sur la gestion et l’harmonisation de données ces dernières années et créé le projet Maelstrom Research. Pourquoi ce choix?

I.F. : En débutant ma carrière de chercheuse, je me suis vite aperçue qu’il est essentiel de travailler avec des données de grande qualité si l’on veut faire avancer les connaissances. De plus, il est souvent nécessaire de travailler avec un grand échantillon de données, c’est-à-dire un grand nombre de participants. Pour y arriver, il faut combiner les données recueillies par différents chercheurs. Mais, comme les données recueillies varient d’un endroit à l’autre, si l’on veut les comparer ou les combiner, il faut d’abord les harmoniser, c’est-à-dire les rendre comparables! C’est ce qui m’a amené à créer Maelstrom Research. Je voulais développer des moyens de promouvoir l’utilisation des données disponibles et faciliter la collaboration entre chercheurs.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le projet en plus de détails?

I.F. : Il est difficile d’arriver à monter des systèmes de gestion de données efficaces. Il faut des compétences spécialisées que les chercheurs n’ont pas toujours. Notre mission est de développer des méthodes rigoureuses et des logiciels accessibles pour permettre aux chercheurs de gérer leurs données et de les partager lorsque nécessaire. Nos logiciels sont gratuits, accessibles à tous et nous tenons à ce que ça demeure ainsi! Ces logiciels sont utilisés par plus de 20 projets dans le monde. Certains de ces projets ont déjà mis en commun les données de centaines de milliers participants, par contre d’autres sont plus petits.

Un autre objectif de Maelstrom est de développer un catalogue d’études de population. Ce catalogue donne accès à des informations détaillées sur le devis des études et documente quelles informations (variables) sont recueillies, par qui, comment, et où. Le catalogue inclut présentement plus de 160 études et 600 000 variables. Ces outils permettent aux chercheurs d’identifier les études qui pourraient les aider à répondre à certaines questions de recherche et favorisent la collaboration.

Quels obstacles avez-vous rencontrés au cours du développement de votre projet?

I.F. : Il arrive parfois que les chercheurs soient réticents à l’idée de partager leurs données ou leurs outils méthodologiques. Mais jusqu’à présent, on a été très chanceux. Ce que l’on fait peut donner une seconde vie aux données et de plus en plus de chercheurs utilisent nos méthodes et logiciels. On est en fait victime de notre succès. On reçoit de nombreuses demandes de soutien, mais on manque de ressources financières et de personnel pour répondre à la demande. C’est présentement notre plus grand défi.

Vous gérez maintenant une équipe de plus d’une vingtaine de personnes. Comment s’organise la charge de travail au sein de Maelstrom?

I.F. : Vincent Ferretti [de l’Institut ontarien de recherche sur le cancer] et moi sommes responsables du projet. Vincent s’occupe du développement des logiciels et moi des aspects scientifiques. L’équipe est divisée en cinq groupes. Une équipe informatique développe les logiciels, les sites Web et les infrastructures de données. Une autre équipe est responsable du catalogage des études. Quatre personnes y travaillent à temps plein à classifier des milliers de variables. C’est un travail énorme. Chaque assistant de recherche doit classifier près de 1 000 variables par jour! Il y a aussi une équipe d’harmonisation. Cette équipe transforme les données des études sous un format commun (quand c’est possible) pour pouvoir les combiner. Enfin, une équipe de statisticiens et d’épidémiologistes analyse les données et travaille sur les publications de recherche.

J’imagine que tout ce travail vous amène à voyager souvent! Comment conciliez-vous travail et famille?

I.F. : Oui, je suis amenée à voyager souvent. Il m’est arrivé de faire, en trois mois à peine, cinq allers-retours entre Montréal et l’Europe. La gestion des décalages horaires a été très difficile. Heureusement, mes enfants sont déjà adultes. Heureusement aussi, j’ai dernièrement recruté de jeunes chercheurs qui m’aident énormément et prennent la relève. C’est un grand soulagement.

Au niveau personnel, que vous réservent les prochaines années?

I.F. : Même si Maelstrom est mon « bébé », mon rôle est maintenant beaucoup plus centré sur la gestion que la recherche et j’ai besoin de me lancer de nouveaux défis avant de prendre ma retraite. J’aimerais donc passer la main aux plus jeunes, les laisser apporter de nouvelles idées et de nouvelles avenues de recherche et de développement.

 

─ mars 2017