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Simon Clavagnier, jeune chercheur fasciné par la pensée et la perception chez l'être humain

C'est grâce au réseautage que le postdoctorant en neurosciences Simon Clavagnier s'est joint à l'équipe de l'Unité de recherche sur la vision de l'Université McGill dirigée par le Dr Robert Hess de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) en 2009. Originaire de Lyon, en France, il faisait son postdoc à Louvain, en Belgique, quand il a su que le Dr Hess cherchait un postdoctorant spécialisé en imagerie par résonance magnétique (IRM) et en stimulation magnétique transcrânienne. 

« En Belgique, j'ai appris les méthodes d'imagerie IRM utilisées pour étudier les liens entre le sens de la vision et des thématiques cognitives comme la conscience et les mouvements. Le Dr Hess est une sommité dans le domaine de l'amblyopie, une déficience visuelle aussi connue sous le nom d'"œil paresseux"», explique Simon. Il est aussi quelqu'un d'accessible et toujours enthousiaste. Ça s'est tout de suite bien passé entre nous. »

Le jeune chercheur est surtout fasciné par la pensée et la perception chez l'être humain. Pour son doctorat dans le domaine de la neuropsychologie réalisée en France et en Allemagne, Simon étudiait des patients avec des lésions au cortex souffrant de négligence spatiale unilatérale. Ces patients se comportent comme si tout ce qui se situe à gauche de leur corps – que ce soit un son, un mouvement ou des stimuli en tout genre – n'existait plus.

« Je m'intéressais aux réseaux du système nerveux et à la relation entre l'information visuelle en lien avec les mouvements de la main chez ces patients, dit-il. Quand j'ai reçu l'invitation du Dr Hess pour travailler sur l'amblyopie et revenir sur des problèmes qui n'étaient pas liés à une lésion, j'ai été très intéressé. »

Un jeu pour traiter l'"œil paresseux"

En ce moment, l'équipe du Dr Hess travaille en collaboration avec la division montréalaise du développeur français de jeux vidéo Ubisoft et Amblyotech, une compagnie américaine qui développe des thérapies par le biais d'interface électronique, sur un jeu vidéo pour traiter les adultes atteints d'amblyopie. 

« L'amblyopie n'est plus un problème de l'œil chez l'adulte, mais du cerveau, explique le chercheur qui est devenu associé de recherche en 2011 et travaille maintenant à l'Hôpital général de Montréal (MGH). Grâce au jeu, le cerveau comprend que les deux yeux sont finalement importants. »

Les résultats jusqu'à présent sont encourageants. Près de 90 % des adultes testés ont pu récupérer une vision binoculaire, c'est-à-dire, où les deux yeux sont utilisés simultanément. En plus, certains ont développé ou amélioré leur vision stéréoscopique, celle qui permet une perception des distances. Ces améliorations se sont établies au cours d'un entraînement de six semaines, et il n'y a pas eu de régression. 

« C'est gratifiant de recevoir des lettres de partout dans le monde de personnes amblyopes qui veulent tester le traitement. Mais, il faudra attendre les résultats des essais cliniques en cours sur des adultes et des enfants. S'ils se révèlent positifs, dans environ deux ans le jeu pourra être reconnu comme un traitement pour l'amblyopie. »

Le partenariat entre l'équipe de l'IR-CUSM, Ubisoft et Amblyotech reflète le contexte dans lequel évoluent les chercheurs aujourd'hui, explique Simon.

« La recherche devient de plus en compétitive, et les investissements de plus en plus rares. Donc, il faut trouver une application, monter un projet et expliquer au milieu des affaires pourquoi une idée est intéressante. »

Simon apprécie l'environnement scientifique hors pair et l'esprit collaboratif qui règnent à l'IR-CUSM.

« En Europe, chacun a sa chasse gardée. Ici, par contre, il y a plein d'occasions d'apprendre et de discuter avec les chercheurs et étudiants. Ils savent de quoi ils parlent et vont vous accorder du temps, partager du matériel ou vous diriger vers quelqu'un qui pourra vous aider. Ça nous permet d'avancer plus vite et de développer d'autres collaborations. »